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Publié le 29 avril 2026
Pour beaucoup, le premier contact avec le Mont d’Est est une déflagration visuelle, un saut dans une dimension où l’ordinaire se transmute en extraordinaire. Ygaël Attali, docteur en théorie politique et fondateur de la Galerie Philia, décrit cette rencontre comme un « choc spatial ». Pour lui, le parking conçu par Jacques Kalisz ou les Espaces d’Abraxas de Ricardo Bofill ne sont pas de simples structures fonctionnelles ; ils relèvent d’une « architecture presque liturgique », une spirale de béton qui élève un programme quotidien vers une expérience monumentale.
À travers son projet vidéo Strates, il (re)met en lumière cette générosité formelle unique. Un parking devient cathédrale. Un ensemble de logements devient théâtre urbain. “Il y a ici une utopie construite, encore debout, qui croyait profondément que la forme pouvait produire du sens collectif ». Pour Ygaël, l’art ne vient pas décorer ces lieux : il entre en tension avec eux pour (re)activer une mémoire sédimentée.
Cette puissance architecturale trouve un écho vibrant dans le travail des artistes du mouvement. Romane Bigey, danseuse contemporaine, confie avoir été immédiatement attirée par ces espaces « porteurs d’une histoire qui dégageait un message et une ambition forte ». Elle se souvient de l’immensité saisissante des bâtiments lors de sa première visite aux Espaces d’Abraxas : « C’est un nouveau monde, c’est très impressionnant ».
En choisissant de performer au cœur de ces géants de pierre, elle cherche à créer un dialogue organique : « Danser au Mont d’Est, c’était donner du contraste entre le côté architectural très ancré et le mouvement qu’apporte la danse ». Pour elle, l’acte de danser ici est une union nécessaire. C’est en infusant la culture directement dans ces espaces que l’on peut (re)dynamiser le quartier, lui (re)donner un sens nouveau et encourager chacun à s’y investir pleinement.
Pour l’auteure-réalisatrice Anne Valeria Jara, le lien avec le quartier est une affaire d’héritage. Fille de l’architecte Hernan Jara, elle a vu cette « ville-champignon » sortir de terre et grandir avec une stupéfaction toujours renouvelée face à l’absence de « boîtes à chaussures » et le plus souvent au profit de véritables intentions architecturales. Son regard de cinéaste se porte aujourd’hui sur l’harmonie sociale qui s’est tissée entre les centaines de nationalités du quartier : « Aucune ne prend le dessus, c’est une vraie leçon architecturale et humaine ».
Elle défend avec ferveur l’idée que « construire du beau pour tous » est le socle de la paix sociale. « Les études montrent que le beau fait que les gens préservent plus naturellement leur cadre de vie », affirme-t-elle, soulignant que la mixité est au cœur de l’esprit du Mont d’Est. S’inspirant des noms de rues qui célèbrent des figures de liberté comme Picasso ou Garcia Lorca, elle (re)transmet dans ses films ce message d’ambition et de tolérance. Pour elle, le quartier est l’antipode du ghetto : c’est un lieu où l’on se bat pour l’excellence et où chacun a à apprendre de l’autre.
Le Mont d’Est se transforme également en une galerie sans murs, accessible à tous, à chaque détour de rue. Les artistes contemporains y voient un terrain de jeu exceptionnel pour dialoguer avec la rigueur moderniste. Côme Clérino y apporte des rondeurs et un halo de lumière pour répondre à la géométrie radicale du site. Sa démarche est résolument démocratique : « C’est une exposition à ciel ouvert pour ouvrir la sensibilité à l’art gratuitement, sans billetterie, sur son trajet quotidien ».
Pour Caroline Derveaux, le territoire est une source d’émotion pure qui lui inspire bien-être et légèreté, un sentiment né d’une visite marquante dans les profondeurs du SK. Le plasticien Julien Colombier, quant à lui, injecte une touche végétale imprévue pour (re)jouer avec les environs d’un quartier qu’il qualifie de « rétro-futuriste ». Enfin, pour Keri, graffeur et designer, l’arrivée de la couleur accompagne la (re)transformation culturelle d’un site qu’il a connu très gris. En apportant sa patte « rétro-futur », il participe à l’éclosion d’un environnement qui ressemble, selon les artistes, à un décor de science-fiction fascinant.
Au cœur de cette architecture monumentale vivent des hommes et des femmes qui en sont les gardiens. Samir Rouab est l’un d’eux. Arrivé aux Espaces d’Abraxas en mai 1989, il a vu le regard du monde changer sur son quartier. Si son premier contact fut celui d’un adolescent cherchant un foyer, il a fini par embrasser la dimension artistique de son cadre de vie. Aujourd’hui, en tant que guide formé par le CAUE, il ne se contente pas de raconter des anecdotes : il fait œuvre de médiation culturelle. « Devenir guide, c’est une opportunité de rendre hommage à ma mère, de continuer à la faire vivre à travers ces murs », confie-t-il, transformant ainsi la mémoire familiale en un récit patrimonial collectif.
Pour Samir, le Mont d’Est est une scène où se jouent la convivialité et la monumentalité. Sa mission est éminemment culturelle : il s’attache à (re)transformer la notoriété du quartier en déconstruisant les préjugés par le savoir. En guidant les visiteurs au pied des colonnes de Bofill, il (re)donne une dignité culturelle à la banlieue, prouvant que le logement social peut être un objet d’étude et d’admiration. L’espace habité est ainsi transformé en une expérience culturelle vivante, faisant de chaque habitant un héritier fier d’un monument de renommée mondiale.
Au final, le Mont d’Est prouve qu’il est bien plus qu’un quartier d’affaires ou de transit. C’est un lieu de « proximétrie », comme le définit Ygaël Attali : l’art délicat de créer une rencontre juste entre des strates historiques, sociales et esthétiques. Que ce soit par le design, la danse ou les visites culturelles, le Mont d’Est démontre que l’architecture n’est plus un décor figé, mais un organisme vivant capable de (re)devenir un puissant vecteur d’imaginaire collectif.
Le Mont d’Est se métamorphose sous l’impulsion de ses talents. Et vous, quelle strate de ce territoire viendrez-vous explorer demain ?





